Pesticides dans nos légumes : ce que révèlent les derniers tests, et pourquoi rien ne se passe
En juin, seuls 15 des 44 échantillons de fruits et légumes analysés par le Pesticides Regulatory Office étaient exempts de résidus. Sept résultats dépassaient la limite légale, un piment de 317 fois, et vingt échantillons contenaient des pesticides non autorisés pour la culture. La loi qui devrait sanctionner cela attend ses règlements depuis huit ans.
Photo: USDA, Public domain
L'essentiel
Tests de juin : le Pesticides Regulatory Office (PRO) a analysé 44 échantillons provenant de champs, d'encans et de supermarchés. Seuls 15 ne présentaient aucun résidu détectable ; 7 résultats dépassaient la limite légale et 20 échantillons contenaient un pesticide non autorisé pour cette culture.
Le pire cas : un piment de Triolet contenait du chlorothalonil à 3,175 mg/kg, pour une limite de 0,01 : 317 fois le maximum. Une bringelle anguive de Triolet portait huit molécules différentes.
Pas un cas isolé : de janvier à octobre 2025, 21,6 % de 787 échantillons n'étaient pas conformes, et de mai à juillet 2026 près de 3 sur 10 des 151 échantillons contenaient un pesticide non autorisé.
Aucune sanction : un échantillon non conforme entraîne un « improvement notice », un avertissement et de nouveaux prélèvements. Les quatre règlements dont la Use of Pesticides Act 2018 a besoin pour fixer les limites et les sanctions ne sont toujours pas en vigueur ; le ministre dit qu'une feuille de route est prête.
Dans votre assiette : un repas au-dessus d'une limite n'est pas en soi un empoisonnement, mais c'est l'exposition répétée qui inquiète les autorités sanitaires, et le lavage n'élimine que ce qui est en surface.
Ce que les tests de juin ont révélé
Le PRO, qui dépend du ministère de l'Agro-industrie, prélève chaque semaine des échantillons dans les champs, les marchés, les supermarchés, les marchés de gros et les ports, et les fait analyser par le Food Technology Laboratory et des laboratoires privés. Son rapport de juin porte sur 44 échantillons : 25 de champs, 12 d'encans et 7 de supermarchés.
Sept résultats dépassaient la limite maximale de résidus (LMR), le plafond légal pour un pesticide donné sur une culture donnée. Les trois piments analysés en faisaient partie. Vingt échantillons contenaient un pesticide qui n'est pas du tout recommandé pour la culture, des tomates et du chou à la laitue, la coriandre, le céleri, le concombre, l'aubergine et le poivron. Seuls 15 étaient sains.
Une tendance, pas un accident
De mai à juillet 2026, le PRO a analysé 151 échantillons : 52 % sans résidu détectable, 13 % avec des résidus dans les limites, 7 % au-dessus et 30 % avec un pesticide non autorisé pour la culture (certains échantillons entrent dans plusieurs catégories). De janvier à octobre 2025, 21,6 % de 787 échantillons n'étaient pas conformes.
Il y a dix ans, une enquête de L'Express trouvait 9 échantillons sur 45 au-dessus des limites européennes, et la part de produits au-dessus des seuils mesurée par le laboratoire public était passée de 2,3 % à 10 % en quatre ans. Les molécules ont changé depuis (seul le flonicamide, sur le lalo, figure dans les deux listes), mais pas les abus. Les importations de pesticides continuent d'augmenter : 2,5 millions de kg en 2016, 2,7 millions en 2020, et +51 % entre 2023 et 2024, selon des chiffres de Statistics Mauritius cités par L'Express.
Pourquoi cela arrive
Un consultant agricole interrogé par L'Express cite de nouveaux planteurs sans formation, le mauvais produit choisi pour une culture, des doses prévues pour une cuve de 250 litres utilisées sur une petite parcelle, et un marché qui refuse tout légume taché. Les cultures à cycle court comme la laitue sont récoltées vite, si bien que le délai entre le dernier traitement et la récolte est facile à ne pas respecter.
« Non recommandé » ne veut pas toujours dire une dose dangereuse : cela signifie que le produit n'est pas autorisé pour cette culture, et que personne n'a donc vérifié quel résidu il y laisse. Certains résidus peuvent aussi venir de la dégradation d'un produit en un autre.
Est-ce dangereux ?
Les limites légales reflètent les bonnes pratiques agricoles et sont en général bien en dessous des niveaux jugés nocifs : un légume au-dessus d'une limite signale une mauvaise pratique plutôt qu'un danger prouvé. Selon l'Organisation mondiale de la santé, les pesticides peuvent avoir des effets aigus ou chroniques selon la substance, la quantité et le mode d'exposition, et certains sont liés à des effets à long terme, dont des cancers. Ce qui compte le plus, c'est l'exposition répétée sur des années, et les cocktails de plusieurs molécules, dont les effets combinés sont mal connus.
Le 2 octobre 2026, le Conseil des ministres a créé un comité interministériel chargé d'étudier avec l'OMS un lien possible entre l'exposition aux pesticides et certains cancers à Maurice.
Ce que la loi fait, et ne fait pas
La Use of Pesticides Act 2018 permet à l'État de fixer des limites légales pour les produits locaux et importés, des règles de prélèvement, des règles de mélange, de pulvérisation et d'élimination des emballages vides, ainsi qu'une formation et une certification obligatoires pour les utilisateurs. Aucun de ces quatre règlements n'est encore en vigueur. Sans eux, un échantillon non conforme entraîne un « improvement notice », de nouveaux prélèvements et de la sensibilisation, puis un avertissement en cas de récidive, mais aucune amende.
Lors d'une conférence de presse le 21 octobre 2026, le ministre de l'Agro-industrie, Arvin Boolell, a reconnu le retard, indiqué qu'une feuille de route est prête et que des sanctions sont à l'étude, et mise en attendant sur la sensibilisation et la formation des planteurs. Le contrôle est strict à l'importation mais faiblit une fois les produits sur le marché, et la responsabilité est partagée entre plusieurs ministères et trois lois (le Food Act, le Dangerous Chemicals Control Act et la loi de 2018).
Ce que vous pouvez faire
Laver et éplucher élimine les résidus en surface, pas ceux que la plante a absorbés. Un légume d'aspect parfait n'est pas forcément plus propre, et le bio ou l'hydroponique ne sont pas automatiquement sans problème. Varier ce que l'on achète et où, manger de saison et acheter auprès de planteurs que l'on connaît réduit l'exposition répétée au même produit.
Le PRO publie ses résultats et reçoit les plaintes pour mauvais usage de pesticides. MoBriefs suivra les quatre règlements et l'étude avec l'OMS, et mettra ce brief à jour quand ils avanceront.
